Formation & AFEST
Vos collaborateurs sont formés. Mais qu'est-ce qui change réellement sur le terrain ?
La formation est terminée. Mais qu'est-ce qui a réellement changé sur le terrain ?
7 min

Une formation se termine.
Les participants ont apprécié l'animation. Ils ont découvert de nouveaux outils, échangé entre eux, pris du recul sur leurs pratiques. L'évaluation à chaud est positive.
Puis chacun retourne à son poste.
Les urgences reprennent. Les habitudes aussi.
Les supports de formation restent quelque part sur un ordinateur. Les bonnes résolutions résistent quelques jours, parfois quelques semaines. Puis le quotidien finit souvent par reprendre ses droits.
Et quelques mois plus tard, la question mérite d'être posée :
Qu'est-ce qui a réellement changé dans la manière de travailler ?
C'est là que se situe toute la difficulté de la formation professionnelle : nous pouvons avoir appris, compris et même apprécié une formation sans que nos pratiques aient profondément évolué.
Car comprendre n'est pas encore savoir faire.
Et savoir faire dans une salle de formation n'est pas toujours savoir agir lorsque le client appelle, que l'équipe est sous pression ou qu'une situation imprévue survient.
Une formation réussie ne garantit pas un changement de pratiques
Prenons un exemple simple.
Un manager participe à une formation sur le feedback. Il comprend la méthode, s'entraîne pendant un jeu de rôle et repart convaincu de son utilité.
Quelques jours plus tard, un collaborateur commet une erreur importante.
La tension est réelle. Le temps manque. Les émotions sont présentes.
Le manager retrouve-t-il naturellement la méthode apprise ?
Peut-être.
Mais il peut aussi revenir à ses réflexes habituels.
Il en va de même pour un commercial qui apprend à mieux questionner ses clients ou un manager qui souhaite déléguer davantage.
Le véritable enjeu commence souvent après la formation : au moment où l'apprentissage doit rencontrer la complexité du travail réel.
C'est là que se joue le transfert.
Nous n'apprenons pas tous de la même manière
Une autre difficulté apparaît lorsqu'une même formation est proposée à plusieurs personnes comme si elles partaient toutes du même endroit.
Pourtant, chacun arrive avec son expérience, ses compétences, ses habitudes, sa confiance et sa motivation.
Face à une nouvelle pratique, certains ont besoin de comprendre avant d'expérimenter. D'autres apprennent en essayant immédiatement. Certains recherchent un cadre précis. D'autres progressent mieux avec davantage d'autonomie.
Un commercial expérimenté qui souhaite améliorer ses négociations complexes n'a probablement pas besoin du même parcours qu'un collaborateur qui découvre le métier.
Former tout le monde de la même manière simplifie l'organisation. Cela ne garantit pas que chacun apprenne ce dont il a réellement besoin.
La première question pourrait donc être moins :
« Quelle formation allons-nous organiser ? »
et davantage :
« Qu'est-ce que cette personne doit réellement être capable de faire différemment dans son travail ? »
Ce changement de question transforme profondément la manière de concevoir la formation.
Et si le travail devenait lui-même un espace d'apprentissage ?
Imaginons un commercial qui souhaite progresser dans la conduite de ses entretiens de découverte.
Plutôt que de consacrer uniquement une journée à l'apprentissage d'une méthode, on commence par observer sa pratique et identifier précisément ce qu'il maîtrise déjà et ce qui mérite d'évoluer.
Une situation réelle est ensuite choisie : préparer puis conduire un entretien avec un prospect.
Avant l'action, le commercial clarifie ce qu'il veut obtenir, les informations dont il dispose et les points auxquels il devra être attentif.
Il mène son entretien.
Puis il prend du recul :
Qu'avais-je prévu ? Qu'est-ce qui s'est réellement passé ? Qu'ai-je moins bien exploré ? Que ferais-je différemment la prochaine fois ?
Le rendez-vous client n'est plus seulement une activité productive.
Il devient également une situation d'apprentissage.
Et la formation ne se déroule plus à côté du travail. Elle s'appuie directement sur lui.
Faire ne suffit pas toujours pour apprendre
Nous apprenons beaucoup par l'expérience.
Mais accumuler les expériences ne garantit pas, à lui seul, le développement des compétences. Nous pouvons répéter dix fois la même manière de faire et reproduire dix fois les mêmes erreurs.
Ce qui transforme véritablement l'expérience en apprentissage, c'est notamment la capacité à s'arrêter, à observer ce qui s'est passé, à comprendre ses choix et à envisager d'autres façons d'agir.
C'est ce que l'on appelle la réflexivité.
Le mot peut sembler théorique. La pratique est pourtant très concrète.
Après une situation de travail, quatre questions peuvent aider à structurer cette prise de recul :
Quels sont les faits ?
Comment analyser ce qui s'est passé ?
Quelles solutions puis-je envisager ?
Que vais-je transférer à une prochaine situation ?
C'est la logique de la méthode FAST — Faits, Analyse, Solutions, Transfert — développée par C-Campus et que j'utilise dans mes accompagnements pour structurer cette prise de recul.
Au départ, ce questionnement peut être guidé par un accompagnateur. Progressivement, l'apprenant développe sa propre capacité d'analyse.
L'objectif n'est pas seulement de réussir une situation.
C'est d'apprendre à mieux réussir les suivantes.
L'AFEST : quand la formation s'ancre dans le travail réel
C'est précisément sur cette articulation entre travail, expérimentation et réflexivité que repose l'AFEST — Action de Formation en Situation de Travail.
L'idée peut paraître simple : apprendre en travaillant.
Mais une AFEST structurée va plus loin qu'un apprentissage informel, qu'un tutorat classique ou qu'une simple transmission entre collègues.
Elle repose sur l'identification de compétences à développer, le choix de situations de travail réellement apprenantes, des temps d'expérimentation et des phases de prise de recul permettant de transformer l'expérience en apprentissage.
Le parcours peut être individualisé en fonction du niveau initial, de l'expérience et des besoins de la personne.
Il peut également s'intégrer dans un dispositif plus large associant, selon les objectifs, formation présentielle ou à distance, ressources numériques, codéveloppement ou accompagnement individuel.
L'AFEST n'est donc pas nécessairement une alternative à la formation traditionnelle. Elle peut en devenir le prolongement naturel dans le travail réel.
C'est particulièrement pertinent lorsqu'une compétence se développe difficilement dans une salle de formation : manager une situation délicate, conduire un entretien commercial complexe ou transmettre un savoir-faire détenu par un expert.
Dans ces situations, une partie essentielle de la compétence se construit dans l'action.
Le rôle essentiel de celui qui accompagne
Transformer une situation de travail en situation d'apprentissage demande une posture particulière.
L'expert métier possède souvent la réponse. Il sait comment faire, parfois presque intuitivement.
La tentation naturelle consiste donc à montrer, expliquer et corriger.
C'est utile. Mais cela peut aussi maintenir l'apprenant dans une position d'exécutant.
Accompagner l'apprentissage demande parfois autre chose :
Qu'avais-tu prévu ? Qu'as-tu observé ? Qu'est-ce qui t'a surpris ? Que pourrais-tu essayer différemment ?
Le rôle de l'accompagnateur évolue alors. Il ne transmet pas seulement son expertise. Il aide l'autre à construire la sienne.
Cette distinction est essentielle, notamment lorsqu'une entreprise souhaite organiser la transmission de savoir-faire détenus par des collaborateurs expérimentés.
Être expert de son métier ne signifie pas automatiquement savoir accompagner quelqu'un pour qu'il apprenne ce métier.
Préparer les accompagnateurs, clarifier leur rôle et leur donner des méthodes de questionnement peut profondément améliorer la qualité du parcours.
La vraie question : qu'aimeriez-vous voir changer ?
La question n'est pas d'opposer la formation en salle à l'apprentissage en situation de travail.
Les apports théoriques ont leur utilité. Les échanges entre pairs aussi. Une journée collective peut ouvrir de nouvelles perspectives, créer une dynamique et apporter des méthodes.
Mais si l'objectif est de transformer durablement les pratiques, une autre question mérite d'être posée :
Six mois après cet accompagnement, qu'aimeriez-vous voir concrètement changer dans les pratiques professionnelles ?
Des managers qui délèguent davantage ? Des commerciaux qui explorent mieux les besoins de leurs clients ? Des experts capables de transmettre leurs savoir-faire ?
À partir de là, la formation retrouve sa véritable finalité.
Non pas transmettre davantage de contenus.
Créer les conditions pour que les personnes puissent apprendre, expérimenter, progresser et agir autrement dans leur réalité professionnelle.
Et c'est peut-être à cet endroit précis que le travail cesse d'être seulement le lieu où l'on applique ce que l'on a appris.
Il devient aussi l'un des lieux où l'on apprend le mieux.
Et dans votre organisation ?
Vous vous interrogez sur la manière de transformer une situation de travail en véritable situation d'apprentissage ?
Échangeons sur vos enjeux et regardons ensemble quelles modalités seraient les plus pertinentes pour faire évoluer durablement les pratiques.
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