Développement commercial

Votre stratégie commerciale a changé. Mais vos commerciaux vendent-ils vraiment autrement ?

Votre stratégie commerciale a changé. Mais vos commerciaux vendent-ils vraiment autrement ?

5 min

 changement de voie

La stratégie a changé. Les habitudes, beaucoup moins.

Une entreprise décide de conquérir de nouveaux marchés. Elle identifie des secteurs porteurs, investit dans son développement et affiche clairement ses ambitions.

Quelques mois plus tard, les résultats tardent à venir.

Les commerciaux continuent principalement à travailler avec leurs clients historiques. Les nouveaux marchés progressent peu. Les objectifs sont là, mais le quotidien commercial semble suivre son propre chemin.

La stratégie a changé.

Les pratiques, elles, beaucoup moins.

Une nouvelle stratégie ne change pas spontanément les habitudes

J'ai accompagné une entreprise industrielle confrontée précisément à cette situation.

Historiquement très présente dans le secteur automobile, elle souhaitait diversifier son activité vers l'aéronautique et l'automatisme. L'ambition était claire et les nouveaux marchés avaient été identifiés.

Pourtant, deux ans plus tard, le chiffre d'affaires stagnait.

En observant l'organisation commerciale, un décalage apparaissait. Un seul commercial réalisait 60 % du chiffre d'affaires, principalement auprès de clients historiques, avec une marge inférieure à 20 %. Les trois autres commerciaux se partageaient le reste de l'activité de manière déséquilibrée. Les nouveaux secteurs considérés comme stratégiques progressaient peu.

La stratégie disait : diversification.

L'activité commerciale quotidienne disait encore : clients historiques.

Cette situation est loin d'être exceptionnelle.

Un commercial développe naturellement ce qu'il connaît. Il retourne vers les clients avec lesquels il a construit une relation. Il maîtrise leurs besoins, leurs interlocuteurs et leurs habitudes d'achat. Il sait comment obtenir un rendez-vous et comment conclure une affaire.

À l'inverse, un nouveau marché demande davantage d'efforts pour des résultats plus incertains.

Il faut comprendre de nouveaux acteurs, construire sa légitimité, prospecter sans garantie de résultat et parfois modifier profondément sa manière de vendre.

Entre une activité connue qui produit du chiffre d'affaires aujourd'hui et un nouveau marché qui pourrait en produire demain, le quotidien fait souvent pencher la balance vers ce qui fonctionne déjà.

Le problème n'est pas toujours la motivation des commerciaux

Lorsque les résultats ne suivent pas la stratégie annoncée, la tentation peut être grande de chercher du côté de l'engagement des équipes.

Prospectent-elles suffisamment ? Ont-elles compris les nouvelles priorités ? Sont-elles trop installées dans leurs habitudes?

Ces questions peuvent être légitimes. Mais elles ne suffisent pas.

Car un commercial agit à l'intérieur d'un système.

Quels objectifs lui sont réellement fixés ? Sur quoi est-il évalué ? Comment son portefeuille est-il constitué ? Que suit son manager lors des points commerciaux ? Comment sa rémunération variable est-elle calculée ? Que se passe-t-il lorsqu'il doit choisir entre sécuriser une affaire existante et consacrer du temps à un marché encore incertain?

Dans l'entreprise que j'accompagnais, le système de rémunération reposait essentiellement sur le chiffre d'affaires.

Le message implicite était donc simple : faites du chiffre.

Or la stratégie demandait autre chose : développer de nouveaux secteurs, améliorer les marges et réduire la dépendance à quelques clients historiques.

L'organisation disait vouloir une transformation, tandis que certains de ses propres mécanismes continuaient à encourager les comportements du passé.

On obtient rarement de nouvelles pratiques en continuant à piloter avec les mêmes règles.

Quand tout semble aligné sur le papier

Une stratégie commerciale peut être parfaitement claire lors d'un comité de direction et rester presque invisible dans le quotidien des équipes.

Il existe souvent plusieurs niveaux entre l'intention stratégique et l'action du commercial face à son client.

La direction définit un cap.

Le management commercial doit le traduire en priorités.

Ces priorités doivent ensuite devenir des choix concrets : quels marchés prospecter ? Quels comptes développer ? Où consacrer du temps ? Quelles opportunités privilégier ? Quels comportements encourager?

C'est précisément dans cette traduction que les écarts apparaissent.

Prenons une entreprise qui souhaite passer d'une logique de vente de produits à une approche davantage orientée solution.

Cette évolution peut être parfaitement comprise intellectuellement par les commerciaux.

Mais si les objectifs restent exclusivement centrés sur le volume vendu, si les réunions commerciales portent essentiellement sur le chiffre d'affaires du mois et si les compétences relationnelles nécessaires à la vente-conseil ne sont jamais travaillées, les anciennes pratiques ont toutes les chances de perdurer.

Une stratégie devient réelle lorsqu'elle influence les décisions quotidiennes.

Regarder l'organisation commerciale comme un système

Dans la situation que j'ai accompagnée, le travail n'a donc pas consisté à demander simplement aux commerciaux de prospecter davantage.

Nous avons regardé l'ensemble du système commercial.

Les cibles prioritaires ont été redéfinies en cohérence avec la stratégie de diversification. Le potentiel des comptes existants et des marchés secondaires a été analysé. Les portefeuilles clients ont été réorganisés. Les objectifs ont intégré à la fois les résultats attendus et les actions nécessaires pour les atteindre.

Le système de rémunération variable a également évolué pour mieux prendre en compte les marges et les priorités stratégiques.

Mais surtout, la stratégie commerciale a cessé d'être une intention générale pour devenir un cadre concret de décision.

Qui prospecte quel marché?

Quels comptes méritent un investissement particulier ?

Quels indicateurs permettent de savoir si la transformation est réellement en cours ?

Quelles pratiques commerciales doivent évoluer ?

Quel rôle joue le manager commercial dans cette mise en mouvement ?

C'est lorsque ces questions trouvent des réponses cohérentes que la stratégie commence réellement à descendre sur le terrain.

Les résultats viennent rarement d'un seul levier

Six mois plus tard, les objectifs commerciaux initiaux étaient atteints.

À un an, les résultats globaux les dépassaient de 5 %, avec une meilleure répartition de la performance et une dynamique de conquête relancée.

Il serait pourtant trompeur d'attribuer cette évolution à une seule action.

Ce n'est pas uniquement la réorganisation des portefeuilles. Ni les nouveaux objectifs. Ni la rémunération variable. Ni l'accompagnement des équipes.

C'est la cohérence entre ces différents leviers qui a permis de remettre l'organisation commerciale en mouvement.

C'est aussi ce qui rend les transformations commerciales exigeantes.

Former les commerciaux peut être utile. Modifier les objectifs peut être nécessaire. Revoir l'organisation peut devenir pertinent.

Mais chaque action prise isolément risque de produire peu d'effets si le reste du système continue à envoyer des messages contradictoires.

Votre stratégie se voit-elle dans l'agenda de vos commerciaux ?

C'est peut-être la question la plus simple pour commencer.

Si votre entreprise affirme vouloir conquérir de nouveaux marchés, combien de temps vos commerciaux y consacrent-ils réellement ?

Si vous souhaitez développer une approche davantage orientée solution, que regardez-vous pendant vos réunions commerciales?

Si la marge devient prioritaire, comment influence-t-elle les objectifs, les arbitrages et la rémunération ?

Si vous voulez fidéliser davantage vos clients, quels comportements concrets encouragez-vous ?

Une stratégie commerciale ne vit pas uniquement dans un plan, une présentation ou un discours.

Elle se lit dans les agendas, les portefeuilles clients, les objectifs, les indicateurs, les décisions managériales et les conversations quotidiennes avec les clients.

C'est là que l'on peut observer si l'entreprise vend réellement autrement.

Ou si, malgré une nouvelle stratégie, elle continue essentiellement à reproduire les pratiques qui ont construit son passé.

Et dans votre entreprise ?

Votre stratégie commerciale a évolué, mais les résultats ou les pratiques ne suivent pas au même rythme ?

Un premier échange peut permettre d'identifier où se situe réellement le décalage : dans la stratégie elle-même, son organisation, son pilotage, les pratiques commerciales ou la cohérence entre ces différents éléments.

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